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LADA Samara t3

L'idée de créer un prototype à transmission intégrale, moteur central arrière et châssis tubulaire sur base de la paisible Lada Samara remonte au milieu des années '80. L'objectif étant alors de l'engager dans le championnat du monde des rallyes, au sein de la redoutable catégorie "gr. B" qui compte déjà en ses rangs la Peugeot 205 T16, la Lancia Delta S4, la Ford RS 200 ou l'Austin Metro 6R4 pour ne citer que les plus connues. Ainsi naît donc la Lada Samara 4x4, équipée du petit mais costaud moteur 1,6l de la 2105 VFTS (160CV).  Dès 1985, cette spectaculaire voiture participe à quelques courses en URSS en qualité de voiture ouvreuse. Malheureusement pour AvtoVAZ, l'obligation de construire 200 exemplaires de série puis l'interdiction par la FIA en 1986 d'utiliser ces monstres en championnat du monde viendront mettre un terme prématuré au projet... Cela n'empêchera toutefois pas la société lithuanienne VFTS  de concevoir par la suite une version répondant au doux nom d'EVA, encore plus puissante, toujours équipée du moteur de la 2105 mais poussé selon la fiche technique de l'époque à... 300CV grâce à l'ajout d'un turbo! Une évolution "S-Proto" (ci-dessous) verra même le jour en 1989 avec 350CV. Mais faute d'homologation, ces incroyables engins ne disputeront jamais la moindre compétition officielle...


Entretemps, le coup de génie de Porsche puis de Peugeot de recycler leurs 359 "Gruppe B" et 205 T16 devenues inutilisables sur routes en les alignant en rallye-raids, a donné des idées à AvtoVAZ et surtout à son plus dynamique représentant: le français Jean-Jacques Poch, importateur de Lada dans l'Hexagone. Reste à trouver les hommes capables de mener à bien un tel projet. En 1989, Jacky Ickx, ancien de la maison Poch est libéré du contrat qui le liait desormais à Peugeot-Sport. Jean-Jacques Poch se précipite dès lors immédiatement sur lui. Par amitié, le vieux renard belge revient chez Lada avec sous le bras le cahier des charges d'un prototype "anti-Peugeot". Grâce aux excellentes relations qu'il entretien depuis toujours avec Stuttgart, Ickx souhaite que "sa" Samara soit équipée du moteur "flat-six" Porsche de 3,6 litres issu de la Carrera 4. OK, après tout Porsche et AvtoVAZ se connaissent bien pour avoir déjà travaillé ensemble sur la Niva et la Samara de série. Tant qu'on y est, pourquoi ne pas aussi récupérer la transmission intégrale et la suspension renforcée de la Porsche 959 "dakar"? Marché conclu!  Reste à concevoir l'essentiel de cette voiture: sa structure tubulaire. Celle des soviétiques étant jugée trop peu fiable, la réalisation est finalement confiée à la jeune structure Oreca de Hugues de Chaunac et à la société Sera. Fin 1989, la Lada Samara T3 (du nom de la classe dans laquelle elle est homologuée) voit le jour. Poch S.A. et AvtoVAZ, soutenus par AvtoExport, annoncent leur intention de l'aligner au plus haut niveau pendant 3 saisons avec espoir d'enfin accrocher cette victoire à Dakar qui fait tant défaut...

Ses diverses caractéristiques techniques sont les suivantes: châssis tubulaire en acier "aviation" fourni par Tupolev et carrosserie en carbone/kevlar, moteur atmosphérique 6 cylindres à plat en porte-à-faux d'origine Porsche (3600 cm³) en position centrale arriere d'une puissance de 300 CV à 7000 trs/min. (rapidement portée à 330 CV) pour un couple de 34 mkg à 4500 trs/min. et préparé aux USA par la société Andial, spécialiste des moteurs Porsche en IMSA et en "off-road", 4 roues motrices indépendantes à doubles triangles transversaux superposés (2 amortisseurs Bilstein et 2 ressorts par roue à l'avant refroidis par boas + 3 amortisseurs Bilstein et 2 ressorts par roue à l'arrière refroidis par 2 prises d'air sur les vitres latérales) offrant 308 mm de débattements, 4 freins à disques ventilés de 304 mm et étriers Porsche à 4 pistons, boîte 6 vitesses avec embrayage bi-disque à commande hydraulique et 4 réservoirs d'essence d'une capacité totale de 330 litres (portée par la suite à 400) dont 60 l de réserve dans le réservoir avant, 2 x 60l  sous le plancher et 150 l sous la roue de secours. Une platine d'alimentation permettant, depuis le tableau de bord, de passer d'un à l'autre en fonction des besoins. Longue de 4,31 m (dont 2,70 m d'empattement) pour une largeur de 1,80 m (dont 1,50 m de voies) et une hauteur de 1,69 m, elle ne pèse que 1370 kg, soit à peine 70 de plus que la limite minimale imposée par la FIA. De quoi atteindre une vitesse de 220km/h en pointe et accomplir le 0 à 100 km/h en 7 sec.!!! Les roues de 7x16 en fonderie d'aluminium, fixées par un écrou central, sont chaussées de pneus Michelin 18/73x16 GR3. A l'intérieur, on trouve 2 ordinateurs de bord, 2 bonbonnes d'eau potable, une bonbonne d'air pour gérer la pression des pneus en cas d'ensablement, un compas électronique avec répétiteur, une batterie de manomètres (pression d'huile, température d'huile moteur et de boîte, pression d'essence, voltmètre, etc...) et... un allume-cigare! A l'époque, sport et tabagisme pouvaient encore aller de paire...

La saison 1990 commence, comme de coutume, par le redoutable Paris-Tripoli-Dakar. Si la voiture de Patrick Tambay abandonne dès le prologue sur casse moteur, celles de Jacky Ickx et Jerôme Rivière terminent respectivement 7ème et 11ème à Dakar, non sans avoir réalisé un superbe doublé dans la 17ème étape entre Ayoun-el-Atrous et Tidjikja (458 km)! Par la suite, les protos officiels Lada-Poch termineront encore 2ème, 3ème et 4ème du rallye de Tunisie avant de triompher au rallye des Pharaons avec un doublé historique aux pieds des pyramides. Hubert Auriol devançant en effet son co-équipier Patrick Tambay tandis que Jerôme Rivière termine 5ème! Grâce à un excellent classement au rallye de l'Atlas, l'écurie franco-soviétique devient championne du monde des constructeurs!!! Dès sa 1ère campagne, la Lada Samara T3 entre donc de plain- pied dans la légende du rallye-raid...

Pour la saison suivante, 3 exemplaires sont de nouveau au départ du Paris-Tripoli-Dakar. Seules 2 d'entre eux verront toutefois le Lac Rose puisque Rivière sera disqualifié pour assistance illégale dans une spéciale marathon et ce alors qu'il occupait la 4ème place du général... Au final, Auriol termine tout de même 5ème et Tambay 7ème. Le grand Hubert emportant au passage 2 belles victoires d'étapes. La saison s'annonce donc prometteuse mais les évènement politiques en URSS privent l'écurie du précieux soutien d'AvtoExport... La recherche de nouveaux sponsors conduit Lada-Poch a engager l'Espagnol Salvador Servia et sa valise de pesetas offerte par Trident, un fabriquant de chewing-gum. Devenue Poch-Trident, l'équipe s'aligne pour la 1ère fois à la Baja Aragon où Auriol termine 4ème. Servia, qui a abandonné à 20 km de l'arrivée (transmission cassée) se consolera en remportant par la suite la Baja 500...  

En 1992, exit le Paris-Dakar, place au Paris-Le Cap! Avec une seule Lada au départ: celle de Servia... Sans équipier et sans assistance après la perte du camion-atelier Poch dans un ravin, l'Espagnol réussira tout de même l'exploit de finir 8ème au classement final en Afrique du Sud. La même année, grâce à 4 victoires dans des Bajas, le sympathique barbu chantant sera également sacré champion d'Espagne des rallye-raids! En 1993, il est de nouveau le seul pilote Poch-Trident présent au départ de ce qui est redevenu le Paris-Tanger-Dakar. Au final, il termine 6ème non sans avoir réussi à enlevé une victoire d'étape et mené brièvement la course! La décision d'Oreca de se retirer des rallye-raids après cette course viendra malheureusement mettre un terme prématuré à la saison. De toute manière, l'engagement initialement prévu pour 3 ans était déjà dépassé...

En 1994, les protos Samara T3 sont cédés à Lada Sport, le département compétition russe de l'usine VAZ. Désespérément vierges de tout sponsor (si ce n'est une présence discrête de Porsche et de Castrol), 2 exemplaires s'alignent au départ du Paris-Dakar-Paris avec des pilotes russes (Lakeev et Elizarov) peu rompus à ce genre d'exercice africain. Une anonyme 41ème et un abandon plus tard, les légendaires Lada quittent l'épreuve mythique par la petite porte. Elle ne reviendront plus... En 1995, Lada Motorsport se concentre sur le "Paris - Moscou - Pékin", devenu "Master Rallye". Avec raison puisque la seule Samara engagée, pilotée de mains de maître par le jeune Alexander Nikonenko, terminera 2ème avec 4 victoires d'étapes et après avoir occupé le leadership pendant 4 jours! Grâce aux 2 autres voitures officielles (2 Lada Niva T3) qui terminent 10ème et 11ème, Lada remporte même brillament le classement général des constructeurs!!! 

Un succès sans suite malheureusement puisqu'en 1996, faute de budget suffisant, Lada Motorsport renonce à aligner ses coûteuses Samara... Ce n'est toutefois que partie remise puisqu'en 1997, la marque russe est de retour en force (tout est relatif) au rallye de Tunisie et au Master Rallye (reliant desormais Paris à Moscou via Samarkand). Sur cette dernière épreuve l'équipe aligne même 2 voitures officielles! Si l'une d'elles abandonne à la mi-course, l'autre, pilotée par Elizarov, rejoint Moscou et sa Place Rouge au 6ème rang final. Même si elle accuse près de 21 heures de retard sur la Citroën ZX du vainqueur finlandais Ari Vatanen, il s'agit tout de même d'un assez bel exploit pour une voiture qui en est, rappellons-le, à sa 7ème saison de compétition mondiale sans jamais avoir subi la moindre évolution technique! A l'image de la Russie en quelque sorte: complètement désuète mais toujours bien présente sur l'avant-plan de la scène internationale! Plus pour très longtemps cependant...

En 1998 en effet, après avoir encore disputé quelques manches du championnat de Russie des rallye-raids sous les couleurs du pétrolier allemand Ravenol, le dernier exemplaire actif est lui aussi admis à une retraite bien méritée. Le nouveau règlement de la FIA banissant les prototypes aura eu raison de lui... Desormais, toutes ces glorieuses Lada Samara T3 peuvent couler des jours paisibles au musée technique d'AvtoVAZ, au sein de la très privée collection Poch ou chez de très heureux passionnés. Non sans espérer sans doutes que Lada Sport se décidera un jour à leur donner une succession digne de la légendaire histoire qu'elles ont écrite...

Quelques images de la Lada Samara T3 en action lors de différents Dakar :


 


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